HÉROS GASCONS

CHRONIQUE PARUE LE SAMEDI 8 AVRIL 2023 DANS LA PAGE « DEBATS » DU QUOTIDIEN LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES — CRONICA PARESCUDA LO DISSABTE 8 D’ABRIU 2023 EN LA PAGINA « DEBATS » DEU DIARI LA RÉPUBLIQUE DES PYRÉNÉES.

La énième version cinématographique de « Les Trois mousquetaires », le célèbre roman (1) d’Alexandre Dumas père, vient de sortir et une belle campagne de communication s’emploie à la faire connaître au plus grand nombre. Nos quatre gascons, dont trois béarnais, y ont encore perdu leur accent. Dumas, dans son ouvrage, n’y fait guère allusion préférant souligner leur appartenance à la lointaine province dont ils sont issus. Ils sont provinciaux et donc incapables de comprendre les codes et « habitus » en vigueur à la capitale du royaume. Il recrée peut-être l’ethnotype du gascon hâbleur, roublard, etc. L’intelligentsia parisienne, mais aussi « régionale » par mimétisme sans doute, a décrété depuis fort longtemps, qu’« il n’est de bon bec que de Paris » (2). Les héros gascons de la littérature romantique française sont des adolescents mal dégrossis, — à la fin de sa vie, Alexandre Dumas le dit à son fils (3) — égarés dans un monde d’adultes détenteurs du vrai pouvoir, en l’occurrence celui du cardinal Richelieu ou du roi, Louis XIII. Nos quatre héros sont courageux, téméraires, intrépides, parfois. Ces fins bretteurs mettent en échec, par leur bravoure, les manigances du cardinal. Leur absence au monde de la politique, face aux noirs desseins du cardinal, permet depuis des centaines d’années de faire de « tout un chacun » un valeureux « mousquetaire ». En revanche, « La Reine Margot » — roman républicain, s’il en est ! — est une exception dans l’œuvre prolifique de Dumas. Henri III de Navarre, prisonnier du Louvre de Catherine de Médicis, est un homme conscient de sa destinée royale et le prouve, in fine. Le film éponyme qu’a réalisé Patrick Chéreau en sublime la vérité et la force.

Allez, si vous voulez voir un film drôle, déjanté où on parle occitan, français, croate, avec l’accent, regardez vite « La Seria » sur https://www.france.tv/series-et-fictions/la-seria/.

1. Pocket, texte intégral, 1993.

2. « Balade des femmes de Paris », François Villon.

3. Préface et commentaires de Jacques Gomard, Pocket, texte intégral, 1993.

Dimenge de Pascas a Eth Saut e Bòrça en Vath d’Aspa dab Paul Mirat, au parat deu hestau « Poésiques » organizat per Johann Villanua, la soa mair Colette e tots los sons amics

Dimanche de Pâques à Etsaut et Borce à Etsaut et Borce en Vallée d’Aspe avec Paul Mirat, à l’occasion du festival « Poésiques », organisé par Johann Villanua, sa mère Colette et tous ses amis.

SOURCES

Chronique parue samedi 1er avril 2023 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda lo dissabte 1èr d’abriu 2023 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Naguère, je ne sais plus maintenant, lorsque je pêchais encore, j’empruntais la départementale 335 d’Asson à Capbís. Je rejoignais ainsi les rives du Béez (1) et celles de la Toupiéte un de ses affluents, tous deux nourris par des sources jaillissantes, au pied du « Som de Las Taulas » (2). Au printemps, après les fortes pluies d’avril et parfois de mai, elles offraient au pêcheur-rêveur un spectacle fascinant. Elles bouillonnaient d’une eau claire et froide qui me semblait alors inépuisable. Quand midi s’approchait, je poussais un peu plus loin, jusqu’à l’« Uelh deu Béez » (3) : une source miraculeuse coulant fièrement d’une anfractuosité du flysch couvert, coiffée d’un chêne centenaire où des ex-voto étaient accrochés. Je m’y posais et laissais mon esprit dériver où je ne pouvais l’accompagner. Le temps y faisait une pause. 

L’été dernier, j’y suis revenu tel un pèlerin recherchant son ancien lieu de prière. Et que n’ai-je constaté ! Les sources étaient taries. La Toupiéte n’était plus qu’un pauvre filet d’eau. Le Béez était lui aussi en piteux état. Il n’avait pas plu depuis plusieurs mois. Où étaient passées les truites sauvages que j’attrapais naguère ? Mortes ? Enfuies ? Qui aurait pu me le dire ? Une vraie tristesse. Une fois encore, je faisais l’amer constat que le monde préservé que j’avais connu naguère avait réellement disparu. Hier matin, réveillé par un « estranh saunei » (4), je me suis levé. J’avais soif. Une chaleur anormale enveloppait l’aube dans ses mains moites. Un vent chaud secouait l’oranger et l’arbousier. Une vieille lecture m’est venue alors : « C’est près de l’eau que j’ai le mieux compris que la rêverie est un univers en émanation, un souffle odorant qui sort des choses par l’intermédiaire d’un rêveur. Si je veux étudier la vie des images de l’eau, il me faut donc rendre leur rôle dominant à la rivière et aux sources de mon pays. » (5) 

1. Le Béez naît sur les pentes du col de la Portère (1 494 m) entre le Merdançon (1 540 m) et le Durban (1 700 m). 

2. Soum de Lastaules.

3. L’œil du Béez.

4. Étrange rêve.5. Gaston Bachelard, « L’eau et les rêves », Le livre de poche, 1993

Ua hont esconuda e desdeishada au bòsc d’Arròs de Nai // Une source cachée et abandonnée au bois d’Arros de Nay.