MEMÒRIAS

Je jette parfois un œil discret sur l’activité parlementaire nationale et elle ne me dit rien qui vaille. À tel point que l’appétit me manque pour suivre le très mauvais film qu’elle nous donne à voir, chaque jour et semaine. Depuis la fin de l’été, j’ai décidé de fuir ce pauvre théâtre où d’aucuns rêvent de dissolution, d’autres de changement dans la continuité. D’autres encore d’unité improbable quand leur parti se déchire et se disloque. Je suis sûr qu’ils se reconnaîtront. Et ne vous parle pas des divagations éruptives des membres de L.F.I ou de l’entêtement de Mme Borne à refuser les amendements, adoptés par nombre de députés, concernant les passoires thermiques des plus démunis ou de taxer les plus riches qui ont amplement profité de ces dernières années de crise sanitaire. Faut-il continuer ? Cependant, un matin, quand le jour se traînait sur le « Pic de Mieidia de Bigòrra », j’étais à ma lecture de « Lo Diable la se creme » (1), le beau recueil de Philippe Biu, lorsque j’ai entendu Marine Le Pen réclamer la présidence d’un groupe d’études sur l’antisémitisme. Je me suis demandé si mes oreilles ne m’avaient pas trahi. L’âge, sans doute ? J’avais sûrement mal compris. J’ai laissé ma lecture et ai vérifié dans notre chère « La République des Pyrénées ». C’était donc vrai. « Ces gens-là osent tout, et ça passe crème ! » ai-je pensé. Je n’ai pas oublié le tristement célèbre « détail » de son père et de ses coreligionnaires anciens vichyssois ou plus grave encore (2), qui fondèrent, avec lui, le Front National. Je crois que nombre d’entre nous ont la mémoire courte ou corrompue. Elle est peut-être bousculée par une précoce sénilité qui en dit long sur ce qu’est devenue la culture politique dans notre pays. Un mal de tête m’est venu. Un « doliprane » et ai repris bientôt l’ouvrage de Philippe Biu.

1. Editions Per noste, 2022, 6 €, www.pernoste.com

2. https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/240417/les-piliers-fondateurs-du-fn

QUI SAIT ?

Chronique parue samedi 29 octobre 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda lo dissabte 29 d’octobre 2022 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Un soupir, puis un autre. Bientôt, un souffle lent et régulier. Les arbres, hier matin, respiraient. Ils m’ont semblé inquiets, en attente d’une journée qui sera une fois encore trop chaude pour un mois d’octobre. À quoi bon répéter l’évidence, il n’y a pas pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre. Souvent, je me demande s’ils ne me parlent pas « ad escurs » (1) pour me dire leurs peines. Je veux les entendre et les croire. Après tout, il n’est pas interdit d’ouvrir grand les yeux et de dresser l’oreille. Je l’ai toujours fait, et je conçois que cela m’a nourri plus que je ne le pensais. Les hommes et les femmes sont toujours à courir, pressé de gagner du temps qu’ils perdent « nolens volens » très rapidement. S’en rendent-ils compte ? Les oiseaux m’ont réveillé et la rumeur de la rue adjacente a fini par me dire à l’oreille que ma nuit était finie. Elle s’en allait déjà de l’autre côté de la terre. À chaque jour suffit sa peine, dit-on. Sans doute. Il ne se passe pas un seul jour sans que je ne reste posté, à la prime fraîcheur de l’aube, à écouter le silence. J’observe à l’Ouest, la voute balbutiante puis doucement pose mon regard sur « Lo Turon », la haute colline qui semble flatter le ciel. Hier matin, il accueillait ses premiers et longs nuages. Ils paraissaient immobiles et pourtant, ils voyageaient paisiblement comme les derniers échos d’une nuit ventée. J’ai allumé la radio, et comme à son habitude, elle a déballé tout ce qui hante l’actualité depuis que je suis en âge de l’écouter. Une litanie du malheur qui nous parle de l’humanité souffrante comme si rien n’était nouveau sur notre pauvre terre. Les menaces sont telles que parfois je tais mes espoirs. Comme l’écrivait Georges Bernanos « qui cherche la vérité de l’homme doit s’emparer de sa douleur. » On dira que j’ai des idées noires. Je ne crois pas. Qui sait ? me dis-je, souvent, en regardant l’horizon tranquille.

1. Secrètement.

Un soupir, puis un autre. Bientôt, un souffle lent et régulier. Les arbres, hier matin, respiraient. Ils m’ont semblé inquiets, en attente d’une journée qui sera une fois encore trop chaude pour un mois d’octobre. À quoi bon répéter l’évidence, il n’y a pas pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre. Souvent, je me demande s’ils ne me parlent pas « ad escurs » (1) pour me dire leurs peines. Je veux les entendre et les croire. Après tout, il n’est pas interdit d’ouvrir grand les yeux et de dresser l’oreille. Je l’ai toujours fait, et je conçois que cela m’a nourri plus que je ne le pensais. Les hommes et les femmes sont toujours à courir, pressé de gagner du temps qu’ils perdent « nolens volens » très rapidement. S’en rendent-ils compte ? Les oiseaux m’ont réveillé et la rumeur de la rue adjacente a fini par me dire à l’oreille que ma nuit était finie. Elle s’en allait déjà de l’autre côté de la terre. À chaque jour suffit sa peine, dit-on. Sans doute. Il ne se passe pas un seul jour sans que je ne reste posté, à la prime fraîcheur de l’aube, à écouter le silence. J’observe à l’Ouest, la voute balbutiante puis doucement pose mon regard sur « Lo Turon », la haute colline qui semble flatter le ciel. Hier matin, il accueillait ses premiers et longs nuages. Ils paraissaient immobiles et pourtant, ils voyageaient paisiblement comme les derniers échos d’une nuit ventée. J’ai allumé la radio, et comme à son habitude, elle a déballé tout ce qui hante l’actualité depuis que je suis en âge de l’écouter. Une litanie du malheur qui nous parle de l’humanité souffrante comme si rien n’était nouveau sur notre pauvre terre. Les menaces sont telles que parfois je tais mes espoirs. Comme l’écrivait Georges Bernanos « qui cherche la vérité de l’homme doit s’emparer de sa douleur. » On dira que j’ai des idées noires. Je ne crois pas. Qui sait ? me dis-je, souvent, en regardant l’horizon tranquille.

1. En cachette.