L’EMPIRE

Chronique parue hier, samedi 26 février 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées / Cronica parescuda ger, dissabte 26 de heurèr 2022 a la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Elle a été remaniée ce jour eu égard à la réalité des derniers échos de la guerre que s’y déroule désormais.

Les ogres, c’est bien connu, ont toujours faim. Celui qui se tient au Kremlin ne déroge pas à la règle. Nos candidats plus ou moins « poutiniens » — faut-il en faire la liste complète ? — semblaient n’y voir qu’une bête menacée dans sa « tuta » (1) moscovite par les U.S.A., son ennemi héréditaire. Ils évoquaient fortuitement un complot ourdi par les puissances occidentales. L’Otan a, il est vrai, sa logique politique. Mais l’Ukraine n’en était pas membre, que je sache. Elle aspirait plutôt à rentrer dans l’Union Européenne. Néanmoins, on trouve des excuses à l’ogre russe et ses comparses. On nous dit que cette « nation de nations » a été humiliée après l’effondrement de l’Union soviétique. On prétend même que nous en serions responsables. C’est Hubert Védrine, revenu fissa du Rwanda, qui l’affirme. De là à nous déclarer coupables de l’agression militaire à laquelle se livre Poutine, il n’y a qu’un pas. On n’est pas à un interprétation près. La puissance militaire russe pensait-on ne ferait qu’une bouchée de la modeste armée ukrainienne et les mêmes nous parlent, désormais, de neutralisation de l’Ukraine. Ce qui, en d’autres termes, signifierait une reddition, une annexion, et une nouvelle expansion de l’Empire. A Kiev, pas de clairière de Rethondes où fut signé par Pétain la capitulation de la France en juin 1940. Soyez sans craintes, l’ogre russe en trouvera bien une, enneigée pour ce faire. Décidément, ceux qui nous rebattent les oreilles depuis des lustres avec leur patriotisme, leur souverainisme, sont de bien étranges patriotes. N’ont-ils pas tout accepté de Poutine : la Tchétchénie, la Crimée, la Syrie ? Jeudi le réel les a rattrapés et les a obligés à un virage à 180 degrés. Je ne sais pas — qui le saurait ? — si cette guerre déjà meurtrière, à quelques heures de vol de Pau, aura des conséquences sur la campagne électorale ? J’espère que les démocrates de ce pays en tireront toutes les conséquences.

1.Tanière.

OÙ HABITONS-NOUS ?

Chronique parue le samedi 19 février 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda lo dissabte 19 de heurèr 2022 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Un hau / Un hêtre

J’écoutais, avant-hier, d’une oreille distraite, la tendre revue de presse de Claude Askolovitch sur Inter lorsque j’ai entendu le mot « Sud-Ouest » à propos d’un fait-divers qui s’était passé à Mimizan. Le géographe que je reste s’est posé l’éternelle question : « Où commence et finit ce pays ? » N’ai-je pas lu que « Carcassonne » et Nîmes s’y trouvaient, aussi ? Pourquoi pas passer « lo Ròse » (1) et pousser jusqu’à Arles ? On pourrait réitérer l’interrogation avec le « Grand Est » ou « Les Hauts de France ». La Bretagne, la Corse ont échappé à la disparition administrative de régions dont l’identité historique a été effacée. Notre pays est étrange. L’obsession de l’unité à tout crin a produit une nation où chaque « parçan » (2) devient semblable et si peu unique. La loi portant sur « la Nouvelle organisation territoriale de la République » de 2015 n’a fait qu’exacerber le phénomène. De quoi avait-on peur ? Du retour contre-révolutionnaire des provinces d’Ancien Régime ? Des Chouans ou de la Terreur blanche en Provence ? Quels fantasmes bonapartistes trottaient alors dans la tête du président Hollande et de ses conseillers ? On ne s’est pas arrêté en si mauvais chemin. Une nouvelle abstraction est apparue : les territoires ! Une myriade de ces « parcelles » couvre désormais l’ensemble de l’espace national. Leurs noms, parfois exotiques, sentent bon ce que les mêmes exécraient jusqu’alors. Une mosaïque ? Plutôt un entrelacement mystérieux d’espaces dont on a peine encore à connaître l’origine et les limites. On pourrait en sourire si cette vieille névrose centralisatrice française n’avait pour conséquence l’errance spatiotemporelle d’une grande partie de nos concitoyens. Finalement, seules nos villes, bourgs et villages nous rassurent.

1. Le Rhône

2. « Portion du pays », selon le Dictionnaire du Béarnais et du Gascon modernes de Simin Palay