SALE GUERRE

Chronique parue ce jour, samedi 30 avril 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda uei, dissabte 30 d’abriu 2022 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

La pluie et le froid sont revenus pour prendre leurs quartiers d’automne. Le temps est au gris comme si le ciel nous disait sa déprime. Depuis dimanche dernier, jour de « Pasquetas » (1), un sentiment de dégoût m’a saisi. La vie politique française s’est encore dégradée. D’aucuns prétendent qu’Emmanuel Macron n’est pas légitime. Il serait le président le plus mal élu de la Vème République. Libération précise qu’il est en fait deuxième derrière Pompidou en 1969 : Jacques Duclos, candidat du P.C., avait alors lancé la célèbre formule « bonnet blanc et blanc bonnet » qui a été fort usitée entre les deux tours alternant aussi avec « la peste et le choléra ». Pourquoi nul n’a évoqué le Covid ? N’y a-t-il pas là une manière sournoise de remettre en cause le suffrage universel ? Ce jeu pervers peut se retourner comme leurs propagateurs. « Las tornas » (2) qui verraient l’arroseur arrosé après le 12 juin, second tour des législatives. N’alimentent-ils pas la défiance du peuple envers le principe démocratique ? Peut-être est-ce le dernier de leurs soucis ? La VIème République est leur mantra. Il n’est pas interdit de rêver. Je crains fort que la réalité institutionnelle ne vienne vite les décevoir. Je sais, je suis un parfait pessimiste ! Mais qu’on ne vienne pas me dire que je suis un suppôt des « Marcheurs » comme certains me l’ont fait savoir, me traitant de charmants noms d’oiseaux. Ils m’indiffèrent. Les réseaux sociaux sont devenus le théâtre d’une sale guerre où tout est permis. Ils sont l’autre face d’une société violente, intolérante et surtout lâche. Le mensonge, l’insulte, le bannissement y sont légion. S’ils le pouvaient, certains vous enverraient illico presto à l’Île du Diable où le capitaine Dreyfus fut incarcéré.

1. Dimanche de « Quasimodo »

2. La réponse du berger à la bergère.

LA TRÊVE

Chronique parue ce jour, samedi 23 avril 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda uei, dissabte 23 d’abriu 2022.

L’océan, à perte de vue. Le ciel était bas et dévorait l’horizon. Le vent d’ouest soufflait fort. Il enlevait et transportait, par à-coups, le sable de la dune où les « gorbets » (1) n’avaient pas encore fleuri. Quelques jeunes surfeurs étaient déjà à braver les vagues. Il faisait froid, et je me disais que la jeunesse est l’éternelle promesse d’un monde qu’elle désire meilleur que celui qu’elle connaît et supporte trop souvent. Je veux parler de ceux qui n’ont pas eu la chance de naître à l’abri des tempêtes que toutes les vies enfantent. La pluie avait cessé à l’aube mais elle ne tarderait pas à tremper la « Mar grana » (2) et la peuplade de la glisse. La veille, elle parlait d’avril et de ses déluges. Je les ai toujours connus jusqu’en juin faisant crues du Gave de Pau et de l’Adour. L’exubérance verte lui rendait grâce. Je la traversais basquets mouillés, le chien devant, toujours pressé. Un monde ignoré, le pays des herbes hautes, du millepertuis perforé, de la primevère officinale ou du perce-neige. À chaque pas, j’espérais le meilleur pour nous tous craignant les sombres nuées, là-bas, au lointain. Les passereaux étaient légion, leurs piaulements joyeux m’accompagnaient. Sur la vieille dune, au cœur du quartier résidentiel, une « pupa » (2) sautillait, joyeuse et maladroite. Elle aussi attendait le soleil. Il est arrivé hier comme une belle surprise. Le Béarn se remettait d’un étrange automne. Le soir, la trêve électorale serait enfin déclarée. Cette campagne a trop duré. Une autre va bientôt nous accaparer, enfin nous verrons bien. Je repensais à ce matin glacial en Marensin où l’horizon menaçait. Que me disait-il ? Je ne saurais vous dire. Je ne connais pas sa langue âpre et tendue, et ne veux pas l’apprendre.

1. Oyats.

2. L’Océan Atlantique

2. Huppe fasciée.