Chronique parue samedi 16 avril 2022 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées //Cronica parescuda dissabte 16 d’abriu 2022 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.
Vis-à-vis de notre demeure paît un petit troupeau de « marros, aulhas e anhèths » (1). Depuis leur installation, je les observe chaque jour et ne me lasse pas de contempler la quiétude qui se dégage de leur existence. Il m’arrive de les envier tant notre société est fracturée, tribalisée, violente, tant elle est intolérante envers l’Autre qui pense autrement et qui pourtant souhaite le dialogue. Parfois, je ne sais pour quelle raison, les deux béliers s’affrontent et le choc répété de leurs têtes retentit brusquement. Puis, comme s’il ne s’était rien passé, tout redevient paisible. Je l’avoue, à les regarder faire leur vie de mammifères, il m’arrive encore d’écouter les messages de ma nuit. Après tout, j’ai encore le droit de rêver à un autre pays où la drôle de guerre civile, que d’aucuns, toujours les mêmes, nourrissent de leur férocité, viendrait à périr bientôt. « Qu’ac sèi » (2), les temps ne sont pas aux pastorales printanières. Hier après-midi, alors que l’horizon menaçait à l’ouest, je repensais à ce que j’avais lu sur un réseau social étasunien : « Non au fascisme économique et au fascisme politique ! » qui prônait bien sûr l’abstention, le 24 avril prochain. Manifestement, les mots ont hélas perdu leur véritable signification. Tout est barbouillé à dessein comme si une pure folie avait soudain saisi une partie de nos compatriotes. Chaque jour nous rapporte ce que nous imaginions, il y a peu encore, impossible : les mots assassins de la politique du pire, de la destruction de notre démocratie. Albert Camus avait raison d’écrire que « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ».


1. Béliers, brebis et agneaux.
2. Je sais.
