ON THE ROAD AGAIN !

Chronique non parue aujourd’hui dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées// Cronica non parescuda uei en la pagine Débats deu diari La République des Pyrénées.

Mystère des courriers électroniques !!!

Le jour s’abandonnait. Sur la voie-express, qui traverse la vieille vallée, la circulation était dense. Au Sud, les montagnes s’embrumaient. Il bruinait. Je revenais au bercail. Devant moi, le long ruban multicolore des phares illuminait l’espace froid et humide. 17 h 45. Le rite quotidien était bien respecté. Le cortège ralenti de ces centaines de véhicules reprenait son souffle. L’encombrement ne tarderait guère. Dans une poignée de minutes, l’obscurité serait totale, et le ciel et la terre mêlés par la nuit de novembre. Les moissonneuses aux phares aveuglants s’affairaient dans « las milhoquèras » (1). La vallée paraissait égarée, cherchant son pays échappé. Je l’avoue, je n’ai pas vu son évidente transformation. Je suis sans doute victime de l’idée que je me fais encore du paysage qui m’a vu grandir et vieillir ? Revenant de Pau, j’étais toujours aussi contrarié par ces entrées de ville qui défigurent les cités, ici comme ailleurs. Une succession ininterrompue de grandes-surfaces dont l’éclairage diffuse des mirages. Il y a là comme un défi détestable à la beauté. Elles ne rassurent pas l’impétrant qui a perdu son sud ou son nord. Qui oserait aller contre ce phénomène dont l’universalité n’est plus à démontrer ? Le courage politique manque, peut-être ? « Anem, haut ! » (2) L’embouteillage se formait, comme à son habitude, près d’un nouveau rond-point. La tension était sensible mais guère plus exagérée que la veille et l’avant-veille. Il pleuvait. Décidément, on s’habitue à tout, même à ce qui nous menace ! Je n’étais pas encore arrivé. Le défilé bariolé et impatient était à l’arrêt. J’ai allumé la radio. Les infos de 18 h nous parlaient encore des provocations du candidat non déclaré.

1. Maïs.

2. En route !

Sococ suus Pirenèus // Crépuscule sur les Pyrénées.

TU PARLES, CHARLES !

Chronique parue le samedi 13 novembre 2021 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées// Cronica parescuda lo dissabte 13 de noveme 2021 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Que faisais-je ce très lointain 9 novembre 1970 ? Hier encore, je sollicitais ma mémoire qui décampait comme à son habitude, vite fait bien fait. Puis, la nuit portant sans doute encore conseil, jeudi matin je me suis souvenu que ce froid lundi j’étais en terminale. Le lendemain, la professeure de philosophie nous apprit la mort de Charles de Gaulle. Le jour de ses obsèques, le jeudi 12 novembre, je jouais de la basse avec Jacques et André dans un grenier que Thierry, un de nos amis, avait mis à la disposition de notre groupe de rock balbutiant. Cet après-midi-là, nous répétions une fois encore. Nous peinions à « sortir » un morceau digne de ce nom. La musique anglo-saxonne accompagnait nos vies d’adolescents qui se cherchaient encore. Chaque jour, un nouveau groupe venait solliciter nos oreilles. Aujourd’hui, je me souviens du choc de la découverte de « Fortunate Son » du « Credence Clearwater », et de la prodigieuse voix de John Fogerty, son chanteur et guitariste. Pendant qu’on enterrait l’homme qui avait osé affronter la France pétainiste, antisémite, collaboratrice, nous bricolions « Proud Mary » du Credence. Nous étions jeunes et nous ne nous sentions pas concernés. Ce vieux général nous semblait appartenir à un régime conservateur et moraliste que nous subissions encore. Nous avions d’autres héros, d’autres admirations : Gandhi, le Che, Mao Zedong mais aussi les Beatles, Stones, Led Zeppelin, Santana, que sais-je encore ? Un demi-siècle a passé, et De Gaulle est devenu un saint laïc que nul ne s’avise de critiquer. Même l’extrême-droite, qui l’a combattu, ose le célébrer. C’est dire ! Le cimetière de Colombey-les-deux-Eglises a vu défiler un incessant « seguici » (1) d’hommes et femmes politiques en lice pour la prochaine élection présidentielle. Si l’homme du 18 juin pouvait revenir parmi nous, je me demande ce qu’il penserait de ce spectacle ?

1. Cortège.