MARCHER, ENCORE ET TOUJOURS…

Chronique parue hier, 6 novembre 2021 dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda ger, 6 de noveme 2021 en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Un pas après l’autre, marcher, cheminer plutôt, sans se presser, lever la tête de temps à autre pour imaginer que le ciel nous regarde traverser prairies humides et bois. Avancer, la tête encore pleine de nos journées mal remplies. Le sentier est boueux et nous peinons dans la montée vers la crête de la haute colline que la brume étreint encore. Nous parlons de tout et de rien. Nous devisons de Glasgow, bien sûr, puis de cette satanée élection future. Puis laissons parler chênes, hêtres et châtaigniers sous la rafale. Nous allons sereins comme si ce paysage qui habille depuis des millénaires le piémont était devenu un autre pays verdoyant que la pluie habite désormais. Plus haut, les Pyrénées dessinent leur dentelle de nuages longilignes que le foehn a engendrée pendant la nuit. Un pas et bien d’autres qui mènent au village que nous avons laissé, il y a plus d’une heure. Rien ne presse. À quoi bon tenter le diable de la performance puisque nous promenons notre désir de respirer, de retrouver la joie de vivre qui, parfois, nous quitte subrepticement. Au détour du chemin en pente, quelques vaches impassibles semblent implorer la terre pour qu’elle leur donne une herbe douce et sauvage qui a peut-être disparu. Plus loin, quatre chevaux qui s’étonnent… On respire à pleins poumons le souffle tendre du vent d’Espagne. La douceur est, comme toujours, incroyable. La lumière bleutée parle de l’automne qui vient lentement comme un renard au creux des fougères. Regarder, écouter tout ce qui vit en secret : l’humble « gòlis » (1) qui chante le jour déclinant, le « soriguèr » (2) à l’affût qui nargue le vent tourbillonnant. Le ciel, surtout, toujours changeant. Bientôt, nous redescendrons et retrouverons la rumeur d’une actualité qui n’aura de cesse de nous solliciter.

1. Rouge-gorge.

2. Faucon-crécerelle

Pèmont Pirenean, de Montaut estant

BECUTS (1)

Chronique parue ce jour, 29 octobre 2021, dans la page Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda uei, 29 d’octobre 2021, en la pagina Débats deu diari La République des Pyrénées.

Il y a quelques années, un de mes amis m’a conseillé de créer une page Facebook (un mur, voilà le mot qu’il fallait inventer…) : « Tu pourras y faire connaître ton œuvre au plus grand nombre, au-delà des frontières… » Je la créai et je n’en restai pas là. Passé l’enthousiasme premier, je m’aperçus, en lisant ici ou là les analyses des spécialistes des réseaux sociaux, que la reconnaissance, la gloire peut-être, qu’il m’avait promis n’était que mirages et mensonges. Je compris aussi combien ces empires du capitalisme libéral mondialisé nous imposaient leur loi, tels les Dieux tout puissants d’un Olympe étasunien. Je vis que mes enfants en étaient dépendants, les accaparant des heures durant. Il m’arrivait de dire, pris du vertige d’un siècle impatient, que c’était une vraie malédiction : une épidémie numérique contaminant plus de 3 milliards d’individus sur terre. N’ayez crainte, je n’en ai pris conscience qu’il y a peu. J’étais moi aussi séquestré comme le « gojat » (2) prisonnier du « Becut » et sa grotte, en passe d’être dévoré, dans le conte recueilli par Bladèr (3). Ce ne fut pas facile. J’étais partagé, toujours à balancer. Allais-je tout abandonner à ce monde insaisissable dont nul ne connaît ni le début, ni la fin ? Allais-je m’effacer, me faire oublier de mes centaines de (faux) amis ? Qu’en penserait mon égo ? Une peur indéfinissable me taraudait, m’empêchait. Puis, un matin, je me décidai et en partis, laissant Facebook, Twitter Messenger, « and so on », à leur impérialisme débridé. J’en fus soulagé. Ne me demandez pas pourquoi ? Je m’en étais évadé gardant malgré tout « Instagram » où je poste, de temps à autre, (nous sommes tous devenus des postiers) des photos de mon cru. Vous savez tout, comme sur Twitter. Enfin, presque…

1. Ogres

2. Jeune homme

3. “Contes de Gasconha”, Lo libre occitan, 1966

L’Ola de Gavarnia // Le Cirque de Gavarnie