ABSENCES

Chronique parue hier, samedi 26 juin 2021 dans la page « Débat et opinions » de La République des Pyrénées // Cronica pareguda ger, dissabte 26 de junh 2021 en la pagina « Débat et opinions » de La République des Pyrénées« .

Je parlais récemment de la confusion dans laquelle se trouvaient nos compatriotes face aux élections à venir. Dimanche soir, devant ma télévision, le personnel politique, les sondeurs, les journalistes, étaient à leurs interrogations et supputations pour expliquer la défection du corps électoral. J’avais l’impression que la démocratie était sortie commotionnée, vacillante, égarée de ce scrutin. Je ne vous livrerai pas les raisons profondes de cette « étrange absence ». Je ne suis ni sociologue, ni politologue. Néanmoins, hier matin, Céline Braconnier, sur Inter, m’a un peu renseigné. Le phénomène serait ancien et composite. Il toucherait surtout les élections intermédiaires, à savoir les scrutins régionaux et départementaux et les élections législatives. Ce qui démontre, s’il le fallait encore, que la centralisation de notre système politique a forci. Entre la présidence et la commune, un désert a grandi. Les électeurs le traversent recherchant, parfois en vain, leur terre promise. Depuis l’élection de Charles de Gaulle au suffrage universel en 1962, la centralisation du pouvoir n’a jamais cessé d’amplifier sa détermination à tout décider, contrôler, sanctionner… Voyez comment J.-M Blanquer, ministre de l’Éducation Nationale, accompagné par le Conseil Constitutionnel, a censuré l’immersion, une simple méthode pédagogique contre le vote quasi unanime de l’Assemblée Nationale. Malgré les décentralisations successives, les régions françaises restent affaiblies. En effet, leurs recettes fiscales propres sont réduites à leur plus simple expression. La classe politique, même lorsqu’elle vit et agit de l’autre côté du périphérique, ne s’en saisit pas ou si peu. La France reste une exception en Europe. Il faut espérer que le « bonapartisme », cette vieille religion française, « ne dure pas comme les impôts »… Il est clair que cela ne doit pas nous empêcher de voter demain.

BALLONS

Chronique parue ce jour, samedi 19 juin 2021 dans la page Idées et Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica pareguda uei, dissabte 19 de junh 2021 en la pagina Idées et débats deu diairi La République des Pyrénées.

Soudain, comme un intrus, un ballon est entré dans notre maison. J’avais oublié. Je sais, j’ai des trous de mémoire. Pourtant, j’essaie de les combler. Je la sollicite, l’interpelle, la somme de répondre à mes questions pressantes. Elle n’en fait qu’à sa tête. J’ai fini par m’en méfier. Il m’arrive même de l’engueuler. À quoi bon, chassez le naturel…

Le ballon a roulé lentement jusqu’à mes pieds, poussé par un jeune footballeur qu’il m’a semblé reconnaître. Lorsque j’ai voulu m’en saisir, comme je le faisais naguère quand j’étais gardien du temple, il a disparu. J’avais donc rêvé des temps anciens où je jouais au foot. J’ai repensé à l’appel du rugby auquel j’ai fini par céder. Tous mes semblables au lycée m’y encourageaient. J’ai adopté la « veishiga » (1) et lui suis resté fidèle. Enfin, celui pratiqué il y a un demi-siècle avec des condisciples qui sont devenus parfois des amis. Depuis lors, il est devenu une nostalgie. Le petit paradis de la jeunesse.

Notre aîné n’a pas ses préventions. L’autre soir, il regardait France- Allemagne. J’entendais, depuis mon réduit, les échos bruyants de la bataille. La chaleur était à ses derniers sursauts quand j’ai compris que les Français avaient marqué. Je me suis dit, en essayant de lire « Un homme qui tombe » de Don Delillo (le grand écrivain étasunien), que j’allais rapidement être trempé dans l’encre bleue qui est désormais la couleur de tout ce qui s’achète et se vend. C’est ainsi, je n’y peux rien, je n’aime pas cette déferlante sportive commercialisée à outrance. L’Euro, comme ils l’appellent — ne serait-ce pas le nom de notre monnaie ? — a le talent de m’hérisser le poil. Pourtant, je crains fort qu’il me faille supporter la compétition jusqu’au bout. Bien sûr, il me serait agréable de fuir sur une île du Pacifique où les échos lointains des matchs viendraient sans doute à s’épuiser. Je sais, c’est illusoire. Je n’ai pas l’âme d’un Robinson, et Vendredi pourrait être, le hasard fait bien les choses, un supporteur du P.S.G. Vous voyez d’ici le tableau ?

1. Vessie – ballon de rugby.