SOIR D’ÉTÉ

L’été, comme une annonce. Que me disait-il ? J’ai entendu son message hier soir quand le soleil s’en allait de l’autre côté de la colline puis plus loin encore, vers l’Océan Atlantique qu’il traverserait jusqu’au Pacifique où il enfanterait un jour nouveau. Il m’a parlé de quiétude.

La brise, que le gave nous offre chaque soir, me narrait à l’oreille l’imminence d’une belle soirée de juin. J’étais assis dans l’herbe qui a tant d’histoires à nous conter. La rumeur violente et entêtée du monde s’éloignait…

Les mêmes informations, réitérées jusqu’au dégoût allaient et venaient. Dans leur désordre, l’étrange dérapage conspirationniste de Jean-Luc Mélenchon ; le crétinisme de Raphaël Enthoven, préférant Le Pen à Chavez ; la « teca » (1) qu’Emmanuel Macron a reçue d’un jeune monarchiste enfiévré ; la réforme des retraites qui va et vient ; l’autre « fou furieux » de Papacito. Que sais-je encore ?

Finalement, le tumulte médiatique avait peut-être suivi le sentier céleste de l’astre enfui ? Dans l’air tiède, la première « ratapenada » (2) a dessiné ses circonvolutions. Je l’ai observée, admiratif. Un chien, au loin, aboyait ; un autre plus proche lui répondait. La nuit parlait à voix basse. Elle annonçait sa venue. Peut-être désirait-elle accorder à la lumière déclinante quelques instants encore ? La fraîcheur est tombée avec la rosée, son inaltérable compagne. Je suis resté, là, frissonnant, à regarder le ciel et ses hauts nuages safranés. Était-ce la paix dont nous ne savons rien ? Était-ce le dire des mystères de l’enfance ? Pourquoi toujours savoir, tout connaître ? Sous les nuages, un autre ciel, parfois inquiet, parfois clair comme un espoir. L’obscurité arrivée, la colère s’est couchée à mes pieds. Demain, me suis-je dit, sera un autre jour, avec ses tragédies, ses drames, et ses réjouissances. La vie, encore et toujours.

1. Gifle

2. Chauve-souris

CONFUSIONS

Chronique parue hier samedi 5 juin 2021 dans la page Idées & Débats du quotidien La République des Pyrénées // Cronica parescuda ger dissabte 5 de junh 2021 en la pagina Idées & Débats deu diari La République des Pyrénées.

Mercredi matin, sur le marché d’un village proche, j’ai croisé des candidats aux élections départementales. Ils distribuaient leur profession de foi aux clients qui étaient majoritairement des clientes. Le ciel était bas.

Leurs adversaires, que j’avais aperçus quelques instants avant, dans une rue adjacente, ne tarderaient pas d’en faire autant. « Ua campanha, qué ! » (1) Celle-ci m’a paru un tantinet singulière. Je l’avais déjà constaté lors des précédentes échéances, exception faite des élections présidentielles qui enflamment durablement le pays et écrasent tout sur son passage.

En effet, le phénomène ancien s’est amplifié voire exacerbé. J’ai souvenir de l’effervescence qui les caractérisait autrefois. Combien ces élections étaient une fête de la démocratie. Aujourd’hui, elle s’est dissipée comme la brume légère, un matin d’été. Les candidats et candidates, que j’interrogeais sur l’« ambient » (2), reconnaissaient que le monde qui leur était jusqu’alors familier avait franchement changé. Ils étaient dans l’expectative. Peut-être même dans la peur que l’intuition parfois instille ?

D’ailleurs, je remarquais que le marché, lui-même, s’absentait. Il regardait ailleurs. sans doute vers les Pyrénées emmitouflées dans les nuages ? Rêvait-il d’un autre temps ? Une nostalgie… Pourtant, un vent aigre malmenait les étals et leurs chalands qui étaient nombreux à cette heure matinale. J’ai fait mes courses habituelles et ai regagné mon véhicule. Une éclaircie venait au loin. J’ai regardé mon mobile pour lire les titres de notre « République. Rien de nouveau sous le ciel du Béarn. J’oubliais, l’échéance cruciale de la Section Paloise…

Je me demande si nos concitoyens ont bien compris qu’ils vont bientôt voter aux élections départementales et régionales. C’est vrai, l’ambiance est confuse voire brouillardeuse. Comme me disait, hier soir, une de mes amies : « La confusion règne dans un trop grand nombre d’esprits. » Doit-on croire Fiodor Dostoïevski quand il écrit : « Beaucoup de malheur a surgi de ce monde par la confusion et les choses tues. » ?

1. Une campagne, quoi !

2. Ambiance.